Permaculture : pourquoi et comment réaliser son potager ?

permaculture

Notre écosystème planétaire voit son équilibre chamboulé chaque jour, déplorant l'extinction des espèces végétales encore plus rapide que celle des espèces animales. La permaculture nous aide à repenser nos lieux de vie comme des écosystèmes harmonieux et riches en biodiversité tout en répondant à notre désir d’esthétisme ou d’autonomie alimentaire.


Permaculture définition

agriculture france

La permaculture, contraction de “(agri)culture permanente”, est une démarche de conception d’un lieu de vie naturel. En considérant ce lieu comme un tout, on l'aménage d'un point de vue harmonieuse, esthétique, écologique ou encore autonome. On le cultive comme un écosystème rassemblant différentes formes de vies (animale, végétale, humaine…).

D'ailleurs, cet objectif de faire coexister faune et flore s'est démocratisé au sein des projets d’aménagements du territoire, notamment grâce au Grenelle de l'environnement en 2007.

La permaculture s’inspire également de plusieurs principes philosophiques : intégrer plutôt que séparer, imiter dame nature plutôt que rivaliser… La permaculture n’est donc pas une autre approche au jardinage mais bel et bien une démarche éthique.

Le terme est apparu à la fin des années 70, lorsque Bill Mollison et David Holmgren constatent l’amenuisement des ressources naturelles avec notre modèle agricole intensif, mono-culturel et délocalisé, inadapté à la pérennité de notre biodiversité.

La permaculture en pratique dans mon jardin

Pour réaliser sa permaculture, il est important de considérer trois grandes étapes :

  1. Observer le terrain. Le type de sol (sableux, limoneux, argileux, calcaire, humifère) peut empêcher la bonne croissance de certaines plantes malgré tous vos efforts. Par exemple, un sol sableux retient peu l’eau et nécessite donc des plantes capables de résister à la sécheresse comme les lauriers roses. L’exposition du terrain ainsi que le climat (océanique, méditerranéen, continental…) peuvent également jouer. Pensez à la taille et la forme du terrain (nombre de m2 disponibles, présence de pente ou de butte…) pour optimiser au mieux son agencement.
  2. Définir ses attentes. Demandez vous ce dont vous avez envie et besoin : des plantes médicinales pour votre naturopathie ? Des fruits et légumes pendant toute l’année ? Interrogez-vous aussi sur vos ressources et capacités : quel est votre budget ? Combien de temps pensez-vous accorder au jardinage par semaine ? Avez-vous la main verte ?
  3. Concevoir l’espace de manière globale et intelligente. Si vous avez un bel espace, pensez à le zoner en fonction de l’énergie demandée. Si votre source d’eau se situe à 10 minutes à pied de votre potager, vous risquez de ne pas aller l’arroser souvent. Vous souhaitez donner l’impression d’un terrain plus grand ? Éviter les angles dures et préférer des courbes lors du zonage de votre jardin.

Astuce pour repérer le type de votre solEn observant les plantes pousser naturellement dans votre jardin, vous pourrez avoir une idée du type de sol que vous avez et quelles espèces privilégier pour limiter l’apport de produits. Les pissenlits se plaisent dans un sol humifère, les pâquerettes optent pour un sol argileux, lourd et acide, les coquelicots poussent sur un sol à tendance calcaire.

Astuce pour organiser son espaceMettez près de votre maison ce qui demande de l’attention comme votre potager de cueillette (fraises, plantes aromatiques, tomates…) et au loin, ce qui demande une surveillance moindre comme votre potager de récolte (potirons, courgettes, pommes de terre…) ou vos animaux.
Réfléchissez à l’emplacement de votre compost, souvent peu esthétique, plutôt odorant et attirant plusieurs insectes.

Ainsi, chacun peut réaliser sa propre permaculture, en fonction de ses projets, de ses besoins et de son terrain. Un peu de créativité ainsi que d'adaptabilité et le jour est joué !

Comment faire son potager en permaculture ?

Si maintenant, vous aussi, vous avez envie de tenter la permaculture à la maison, vous trouverez des premières astuces concrètes pour vous aider !

Les outils et les techniques de permaculture

La permaculture nous invite à observer et imiter la nature pour mêler l’utile à l’agréable. Plusieurs techniques de permaculture sont faciles à mettre en place afin de jardiner autrement :

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  • Provoquer des entraides. La milpa (ou “les 3 soeurs”) est une pratique ancestrale mésoaméricaine, associant 3 types de culture : le maïs, le haricot grimpant et la courge. Le maïs sert de tuteur au haricot et l’abrite du soleil. Le haricot enrichit le sol en azote grâce à ses racines. La courge maintient le sol humide, limite son érosion et prévient la pousse d’adventices (ou “mauvaises herbes”).
  • Associer les parfums pour attirer ou repousser. Parmi les aromates, la ciboulette permet d'éloigner les doryphores pouvant dévaster la récolte de vos pommes de terre. En ce qui concerne les fleurs, les œillets d’Inde permettent de repousser les fourmis et les pucerons.
  • Diversifier au maximum. Profiter de l’existence d’une multitude de variétés différentes pour chaque espèce pour promouvoir la biodiversité animale et la diversité végétale. Cela aidera votre jardin à développer son “système immunitaire”.
  • Faire rimer espace avec densité. Les végétaux ont besoin de plus ou moins d’espace pour croître. Par exemple, compter environ 70-80 centimètres entre chacun de vos pieds de tomates. Cependant, cet espacement n’a pas à rester vierge ! Bien au contraire, saisissez l’occasion de rentabiliser votre espace et renforcer l’équilibre naturel. Planter vos salades aux côtés des tomates permettra de les protéger de la chaleur. Le basilic éloignera les parasites (moustiques, mouches, …) aux alentours.
  • Revaloriser les déchets animaux et végétaux. Un des premiers bons réflexes à adopter est la création d’un compost. En jetant vos épluchures à la poubelle, elles se retrouveront parmi les ordures ménagères à incinérer et participeront à la pollution. Quel gâchis ! Ces épluchures pourraient fertiliser votre sol et supprimer l’achat d’engrais ! Plus besoin également d’aller à la déchèterie pour emmener vos tontes et “mauvaises herbes” (non chargées de graines).

Stratégie de désherbage : il n'existe pas de "mauvaises plantes" en soi !Très souvent, nous désignons une plante de “mauvaise herbe” lorsqu’elle pousse de manière spontanée, que nous ne connaissons pas son nom et ses diverses fonctions ou que nous ne la trouvons tout simplement pas esthétique. Or, ces herbes peuvent abriter et nourrir des insectes régulateurs tels que les coccinelles, servirent d’engrais et de paillage pour le sol ou encore être cuisinées (soupe aux orties ou aux pissenlits). Désherber son potager est indispensable mais désherber les autres zones n’est donc pas nécessaire.

La permaculture nécessite de bons outils :

  • La grelinette permet de soulever la terre pour l’aérer sans la retourner et ainsi sans détruire les galeries construites par les vers de terre à travers les différentes couches de terre. Ces animaux fertilisent votre jardin, alors évitez de détruire leur habitat souterrain ! La fourche bêche permet également de faire ce travail mais elle fera appel à votre dos et non aux bras.
  • Le croc vous permettra de niveler vos parcelles à cultiver, mais aussi d’extraire facilement les grosses pierres.
  • La serfouette vous aidera à tracer les sillons pour préparer les semis, à arracher les vieux plants de légumes ou encore à creuser des trous pour planter.

Restez pragmatique dans vos pratiques naturelles de jardinageLa permaculture n’est pas une doctrine à respecter à la lettre ! En effet, plusieurs préconisent le paillage pour garder un sol frais et humide bénéfique aux plantes. Cependant, cette couverture peut attirer des limaces pouvant ravager vos jeunes plantules. Pour éviter cet inconvénient, certains préconisent de semer ses plants en sol nu et de les pailler lorsqu’ils se sont bien développés (par exemple, les salades) ou de les protéger par d’autres plants (semer des fanes de radis pour abriter les carottes). En tout cas, évitez au maximum l'utilisation de produits et méfiez vous de ceux dits "respecteux de l'environnement", pouvant cacher une pratique de greenwashing.

La formation à la permaculture pour aller plus loin

Être conseillé et accompagné peut vous aider à être plus rapidement fonctionnel en permaculture. De nombreuses solutions existent pour apprendre :

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  • Supermaculture est un jeu coopératif permettant de se familiariser aux pratiques de permaculture de manière ludique : où faut-il planter les haricots ? que faut-il installer dans ma serre ? Le but du jeu est de récolter le plus de kilos dans le respect de la nature !
  • Regarder des documentaires tels que “Les Moissons du futur” de Marie-Monique Robin sur les initiatives agro-écologiques à travers le monde
  • Lire des blogs spécialisés et s’abonner à leurs newsletters
  • Suivre des formations de professionnels sur site (journées d’initiation, stages, …) ou en ligne
  • Adhérer à des associations ou réseaux de permaculteurs pour promouvoir le mouvement, recevoir des conseils ou soutenir financièrement des projets

La permaculture, la voie vers l’autonomie ?

On parle souvent des inconvénients de la permaculture mais on oublie tous ses nombreux aspects bénéfiques ! Bien sûr certaines limites apparaîssent telles que le rendement en permaculture.

Les avantages et inconvénients de la permaculture

Prise de recul sur la permaculture
Avantages Inconvénients
  • Le plaisir d’accomplissement : rien de plus satisfaisant que de travailler la terre et de voir son travail porter ses fruits.
  • Un gain d’argent : vous consommez vos propres produits frais, vous achetez moins de produits d’entretien… En fonction des variétés, un pied de tomates coûte environ 1,50€ et peut produire jusqu’à une quinzaine de tomates : des économies vite gagnées pendant l’été !
  • L’impact positif sur votre santé et l'environnement : rien de mieux que de jardiner à l’air libre pour rester tonique et être revigoré. Vous utiliserez moins de produits chimiques et davantage de matières plus naturelles et recyclables.
  • Le plaisir gustatif : vous cueillez vos légumes et fruits lorsqu’ils sont mûrs contrairement à certains produits en grande surface cueillis à l’avance, manquant souvent de soleil et finissant leur maturité dans les cagettes.
  • La permaculture nécessite beaucoup d’observation et de tests avant de trouver les bonnes associations de plantes ou les meilleurs endroits pour planter certaines variétés. Il n’existe pas de livre de recettes miracles : le contexte particulier de chaque lieu nécessite une personnalisation testée et éprouvée.
  • Se documenter est important pour connaître les besoins et utilités de chaque espèce, apprendre les différentes pratiques naturelles, créer un équilibre et une harmonie dans son jardin. Par exemple, la poule permet d’avoir des œufs mais aussi de fertiliser le sol grâce à ses déjections, d’étouffer les mauvaises herbes grâce aux plumes perdues qui se transformeront ensuite en engrais, etc.

A l’échelle agricole : permaculture, agroécologie, etc ?

Bien que la permaculture soit une des pratiques les plus respectueuses de l’environnement, son modèle économique à grande échelle ne peut être considéré comme viable.

Début 2014, la microferme de Bourdaisière, faisant partie du réseau Fermes d’Avenir, commence l’expérimentation de 1,4 hectare en permaculture. Au bout de quatre ans, les objectifs annoncés de “100 000 €/an en année 4-5 et sortir trois salaires” sont loin d’avoir été atteints : la ferme annonce un déficit annuel de 60 à 90 000 €, mettant un terme à l’expérience. Sur le site de la ferme, l’équipe reconnaît les limites de la permaculture : “Nous […] ne mesurions pas l’écart qu’il y a entre mener un grand potager familial dans un projet d’autonomie alimentaire, et vivre du métier de maraîcher en produisant 12 mois sur 12”.

Le potager en permaculture ouvre la voie vers l’autonomie alimentaire mais reste toutefois une aventure viable et agréable à l’échelle familiale. A l’échelle agricole, la permaculture est très peu (voire pas) rentable et reste donc peu concevable. Fermes D’Avenir se concentre désormais sur les fermes agro-écologiques pour des productions plus performantes et viables socialement, économiquement et écologiquement.

  • Trois techniques agricoles plus ou moins strictes sur l’approche environnementale
  • La permaculture s’intéresse au lieu naturel comme un tout, en se souciant des interactions entre les différents types de vie. L’espace est conçu comme un écosystème équilibré s’entretenant naturellement.
  • L’agro-écologie se concentre sur les zones de culture du lieu naturel en s’inspirant de la permaculture : gestion et réutilisation de l’eau, compostage, reboisement, etc.
  • L’agriculture biologique est la technique la moins restrictive en nombre de pratiques. D’après la réglementation européenne est bio ce qui n’utilise ni produits chimiques de synthèse et engrais de synthèse ni OGM. Cependant, ces critères ne s’intéressent pas assez à la phase de commercialisation ou de transport.

Vous souhaitez aller plus loin dans votre démarche écologique ? N'hésitez pas à lire nos autres guides pratiques !

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