Coupe du monde de football 2022 au Qatar : face à une hérésie environnementale

Impact environnemental de la Mondiale au Qatar

L'organisation de la coupe du monde de football en novembre 2022 laisse les fans de football face à un dilemme difficile : regarder ou boycotter. En effet, l’organisation de la coupe du monde au Qatar est en proie à de vives critiques. Nous vous expliquons pourquoi.


Les enjeux écologiques de la coupe du monde au Qatar

Doit-on s’interroger sur l'attribution de compétitions sportives dans des pays situés au Moyen-Orient ? Oui.

La gabegie énergétique des pays du Golfe dans le domaine sportif

Les conditions météorologiques de ces zones sont inadaptées à la pratique du sport. La quasi-totalité du Moyen-Orient est située dans une zone aride où les pluies sont rares.

Selon un rapport publié par le FMI, les températures de la région Moyen-Orient et Asie ont augmenté de 1,5 degré Celsius, soit deux fois plus vite que la moyenne mondiale qui est de 0.7.

Les enjeux écologiques du Moyen-Orient d'après le GIEC sont :

  • La désertification
  • Les très hautes températures
  • Le stress hydrique
  • L’intensification des tempêtes de poussières
  • L’élévation du niveau de la mer…

La problématique de l’eau dans ces régions est particulièrement forte et exacerbée par plusieurs facteurs :

  • Une démographie qui explose et dont la croissance entraîne une forte augmentation des besoins,
  • Un déficit global de ressources dans une région aride très peuplée.

Dans les années à venir au Moyen-Orient, les températures pourraient augmenter de 6 °C. À titre d’exemple, ce seront donc des villes qui atteindront les 60 °C si rien n'est engagé pour lutter contre le dérèglement climatique.

Alors selon vous, les épreuves sportives, devraient-elles se dérouler dans des zones où les conditions météorologiques seraient plus propices à la pratique du sport ?

Le sujet de réflexion doit s’imposer aux organisations dans les années à venir. En attendant, après l’organisation du mondial de football au Qatar, c'est au tour de l’Arabie saoudite d’accueillir les jeux asiatiques… d’hiver en 2029. La ville futuriste Neom construite en plein désert accueillera les futures activités de loisir tandis que la ville de Trojena accueillera les épreuves sportives. Trojena c’est une ville située dans un secteur montagneux avec un degré de précipitation inconnu. Sur le site Neom, il est mentionné qu’il sera possible de skier été comme hiver

L’empreinte carbone de la coupe du monde au Qatar

Pour revenir plus en détail sur les enjeux écologiques de la coupe du monde au Qatar. La FIFA a annoncé un événement émetteur de 3,6 millions t de CO2 dans l’atmosphère : un chiffre sous-estimé et critiqué par de nombreuses ONG.

Infrastructures gourmandes en ressources naturelles

Pour construire les 8 stades, l’aéroport, les centaines de complexes hôteliers, les parkings, il aura fallu une quantité de matières premières non négligeable. Le petit émirat possède-t-il les ressources naturelles nécessaires pour l’envergure du projet ? Non. Le Qatar serait le seul pays à atteindre le jour du dépassement le plus tôt, soit, le 10 février 2022. Selon Statista, Il faut ainsi 9 planètes Terre pour subvenir aux besoins en ressources naturelles du Qatar (indice calculé en fonction des capacités naturelles de la Terre et l'empreinte écologique humaine).

Climatisation des stades

Lors de l’attribution de la coupe du monde de football qui devait se dérouler du mois de juin à juillet 2022, les températures atteignent alors au maximum 45 °C. Donc, elle a finalement été reportée de novembre à décembre 2022. Bien que la température soit plus douce à cette période-là, 7 stades sur 8 seront tout de même climatisés à ciel ouvert.

Navettes aériennes quotidiennes

Pollution avion

Pour faire face à l’afflux de visiteurs, et ne pouvant accueillir tous les supporters sur son sol, le Qatar mettra en place des navettes aériennes publiques quotidiennes en plus de l'aviation privée. Selon l’Obs, ce seront plus 260 vols par jour qui seront affrétés pour accéder aux matchs, soit l’équivalent d’un vol toutes les dix minutes. Le poste le plus émetteur restant les trajets en avion effectués par les supporters.

Si l’événement a été déclaré neutre en carbone par la FIFA et le Qatar, il vous appartient de déterminer la réalité des faits.

Une manne ouvrière qui paie un lourd tribut à l'événement sportif

Ce petit émirat péninsulaire situé à l’ouest du golfe arabo-persique comptait en 1960 seulement 47 000 habitants. À ce jour, le petit Etat compte 2 930 524 habitants dont la majorité est constituée d’expatriés.

Le Qatar promet alors d’abolir le Kafala lorsqu’il se voit attribuer l’organisation de la mondiale de football afin de respecter la convention internationale des Nations Unis relative au droit du travail. Toutefois, quand la manne ouvrière arrive pour construire les infrastructures nécessaires, ils furent soumis pour la plupart au système “Kafala”.

Qu’est-ce que le système Kafala ou “sponsoring” ? Le Qatar avait un droit du travail assez contraignant ne permettant pas aux travailleurs de repartir dans leur pays natal (même provisoirement) ou de changer de travail sans l’autorisation de leur employeur appelé “sponsor”. En clair, il s’agit d’une mise sous tutelle par l’employeur.

Le Qatar a reçu en 2016 des plaintes de l’Organisation Internationale du Travail des Nations Unis pour non-respect des règles internationales sur le droit des travailleurs. Dès lors, un nouveau cadre législatif a été mis en place et ne liant plus l’employeur et son employé par un système de sponsoring, mais par un contrat de travail.

Le Guardian révèle que depuis 2010, 6500 décès ont été comptabilisés. Toujours d’après le journal d’information, 69% des cas de mort déclarés sont attribués à des cas de “mort naturelle”. Néanmoins, aucune autopsie n’a pu être effectuée avant pour déterminer les causes réelles de la mort et aucune explication médicale légitime de ces morts a pu être délivrée dédouanant ainsi la responsabilité de l'employeur.

L'économie du Qatar : les énergies fossiles au service de projets démesurés

Le Qatar est un émirat du Moyen-Orient avancé dans le golfe persique. Son indépendance fut proclamée en 1971 par le royaume britannique.

Une économie soutenue par une production gazière et pétrolière

Pollution de la planète

Ce petit émirat péninsulaire situé à l’ouest du golfe arabo-persique aux ambitions démesurées peut se targuer d’en avoir les moyens. En effet, l’émirat détient une manne financière redoutable au service de projets titanesques. Il est le 3e exportateur de gaz naturel au monde. De plus, l’émirat possède des réserves de pétrole importantes constituant l’autre épine dorsale de son économie.

Pour autant, le Qatar souhaite garantir la pérennité de son économie et diversifie donc les leviers de croissance pour s’investir dans l’industrie des loisirs, l’économie numérique...C’est ainsi qu’en 2010, le Qatar fut sélectionné pour accueillir la coupe du monde de football 2022, mais à l’époque, l’émirat ne disposait que de très peu d’infrastructures.

Ressources et budget astronomique pour le Mondial 2022 au Qatar

Nous pourrions donc vanter le succès de cette économie, mais un point d’interrogation subsiste toujours. Il aura fallu inciter une main-d’œuvre à venir travailler au Qatar pour construire les infrastructures nécessaires à l’accueil des supporters et au bon déroulement de la World FIFA Cup. Le budget est quant à lui vertigineux. Ce n’est pas moins de 220 milliards de dollars américains qui ont été mobilisés par l’émirat, selon Statista. À titre de comparaison, l’Allemagne avait mobilisé 4.3 milliards de dollars pour l’organisation de 2006 ou encore 11.6 pour la Russie en 2018.

Ont ainsi vu le jour d’après des données du gouvernement français :

  1. 8 stades dont 7 climatisés,
  2. Des lignes de tramway,
  3. La construction du métro de Doha,
  4. Un nouvel aéroport “Hamad International",
  5. Un nouveau port maritime “Hamad”,
  6. Mais aussi des complexes hôteliers pour accueillir les fans attendus.

Et après, boycott ou pas boycott ?

Les chiffres sont déjà connus, mais quelles actions les organisations et les individus impliqués prennent-ils pour surmonter ces problèmes ?

Le boycott : une forme d'activisme

En raison de problèmes sociaux et environnementaux avérés, de soupçons de corruption, de nombreux individus se tournent vers le boycott pour protester contre cet événement.

Le boycott pourrait être une solution pour inciter les acteurs et professionnels du monde du football à repenser un sport qui ne sacrifierait pas l’intégralité morale et qui serait plus aligné aux enjeux du changement climatique.

L’ex-footballeur français Eric Cantona avait déclaré quant à lui : “Je ne regarderai pas un seul match. C'est une aberration écologique, tous ces stades climatisés. Mais c'est surtout une horreur humaine. Combien de milliers de morts, pour construire ces stades, pour au final amuser la galerie deux mois…”

Est-il inutile de boycotter et de protester alors que le mal est déjà fait ? C’est une question qui divise. Il est trop tard pour empêcher la compétition de se tenir, mais il n'est jamais trop tard pour permettre aux contributeurs de se poser les bonnes questions le moment venu et de challenger l'organisation à ne pas répéter les mêmes erreurs.

Et les autres ?

Depuis 2017 et suite à de nombreuses enquêtes, le Qatar a mis en place une législation plus stricte en matière de droits sociaux. Il s’agit du premier pays du Moyen-Orient à se doter d’une telle réglementation. Le Qatar a ratifié en 2018 d’importants traités internationaux en matière de droit humain et s’engage à :

  • Mieux encadrer les heures de travail hebdomadaire, les temps de pause au travail et les périodes de congés payés avec le “The Domestic Workers Law”,
  • Mettre fin aux demandes d’autorisations des travailleurs immigrés à leur employeur de quitter le pays où de changer de travail,
  • Créer un comité pour le règlement des litiges au travail, afin de faciliter l’accès à la justice aux travailleurs immigrés,
  • D’imposer aux employeurs un salaire non discriminatoire qui sera mis en œuvre à partir de 2021.

Ces avancées en matière de droit humain pourront-elles s'étendre aux autres pays du Moyen-Orient ?

Après la vague de contestations, que peut-on faire ou attendre de la part d’organisations comme la FIFA pour changer le cours des choses ? La FIFA ne semblait pas informée des manquements à ces droits fondamentaux. Le fait qu’elle n'était pas informée de la situation critique des travailleurs sur un site de la coupe du monde pendant si longtemps montre qu'elle n’a pas pris en compte les violations des droits humains liées à la coupe du monde.

Après le scandale du Qatar 2022, saura-t-elle faire preuve de plus de vigilance ? Le monde du sport saura-t-il se réinventer et devenir plus scrupuleux quant au respect des droits fondamentaux, humains et environnementaux ?

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