40 %
Des terres dégradées
dans le monde (ONU, 2024)
100 M ha
Perdus chaque année
de terres productives (CNULD)
3,2 Mds
De personnes touchées
par la dégradation des terres (CNULD)
17 juin
Journée mondiale
de lutte contre la désertification (ONU)

Définition : qu’est-ce que la désertification ?

La désertification est la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches, par suite des activités humaines et des variations climatiques. C’est la définition officielle adoptée en 1994 par la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULD). Il ne s’agit pas de l’expansion naturelle des déserts, mais de la perte de productivité biologique et économique de terres autrefois fertiles.

L’ampleur du phénomène est vertigineuse : selon l’ONU, jusqu’à 40 % des terres de la planète sont déjà dégradées et 100 millions d’hectares de terres saines et productives disparaissent chaque année, soit une superficie supérieure à celle de l’Égypte. La dégradation des terres affecte directement 3,2 milliards de personnes, environ 40 % de la population mondiale — au premier rang desquelles les communautés rurales, les petits agriculteurs et les ménages les plus pauvres.

Il ne faut pas non plus la confondre avec la sécheresse, qui est un déficit temporaire d’eau pendant une période prolongée. La sécheresse est un phénomène ponctuel ou cyclique ; la désertification est un processus de dégradation durable. Les deux se nourrissent mutuellement : les sécheresses répétées accélèrent la désertification, et les sols dégradés résistent bien plus mal à la sécheresse suivante.

Les causes de la désertification

Des facteurs naturels entrent en jeu, mais l’essentiel de la désertification actuelle est imputable à l’activité humaine. Quatre grands moteurs expliquent la dégradation des terres sèches : la surexploitation des sols, la déforestation, une agriculture intensive mal gérée et le changement climatique.

Surpâturage et surexploitation des sols

Le surpâturage du bétail est l’une des causes directes les plus répandues : quand trop d’animaux paissent sur une même surface, la végétation n’a pas le temps de se régénérer, le sol se dénude et le vent comme la pluie l’érodent. S’y ajoute la surexploitation des terres : cultures continues sans jachère qui épuisent les nutriments, coupe de bois de chauffe qui supprime le couvert végétal, ou encore exploitation minière qui détruit directement les sols.

Déforestation

Les arbres fixent le sol grâce à leurs racines, l’enrichissent en matière organique et retiennent l’humidité. La déforestation rompt cet équilibre : sans couvert forestier, la terre est exposée à l’érosion, perd sa fertilité et peut finir en terrain stérile. C’est l’une des voies les plus rapides vers la désertification, en particulier dans les zones tropicales sèches où le bois est coupé pour le combustible et le charbon.

Agriculture intensive et irrigation mal gérée

L’agriculture intensive dégrade le sol lorsqu’elle ignore ses rythmes naturels : monocultures qui appauvrissent la terre, machines lourdes qui la compactent, absence de rotations. L’irrigation mal gérée est particulièrement destructrice en zone sèche : le pompage excessif épuise les nappes phréatiques, et l’arrosage sans drainage suffisant provoque la salinisation des sols, qui les rend improductifs. L’agriculture biologique, la permaculture et l’irrigation économe constituent les alternatives durables.

Changement climatique

Le réchauffement climatique, conséquence des émissions de gaz à effet de serre — dont l’essentiel provient d’une poignée de pays pollueurs —, multiplie les phénomènes climatiques extrêmes qui accélèrent la désertification : sécheresses plus longues et plus fréquentes, canicules, pluies torrentielles qui lessivent les sols nus, évaporation accrue de l’eau disponible. Dans son rapport spécial de 2019 sur le changement climatique et les terres émergées, le GIEC rappelait le rôle essentiel des terres dans le système climatique : des sols dégradés stockent moins de carbone, ce qui aggrave à son tour le réchauffement. Un véritable cercle vicieux.

Les conséquences de la désertification

Plus de 2 milliards de personnes vivent dans les zones sèches de la planète et dépendent de leurs écosystèmes. Quand ces terres se dégradent, les effets s’enchaînent sur l’alimentation, l’eau, les migrations, la biodiversité et la santé.

Insécurité alimentaire et pauvreté

Une terre dégradée produit moins : selon la CNULD, les 12 millions d’hectares perdus chaque année du seul fait de la désertification et de la sécheresse représentent l’occasion manquée de produire 20 millions de tonnes de céréales. Résultat : davantage de faim, une pauvreté rurale plus profonde et des prix alimentaires plus volatils, précisément dans les régions les plus vulnérables.

Pénurie d’eau

Un sol sain agit comme une éponge : il absorbe la pluie et recharge les nappes. Un sol désertifié, au contraire, laisse l’eau ruisseler sans la retenir. La désertification aggrave ainsi la pénurie d’eau : moins d’eau à boire, pour irriguer et pour abreuver le bétail, et des nappes phréatiques toujours plus épuisées et salinisées.

Migrations forcées

Quand la terre ne nourrit plus, les populations partent. La CNULD estime que 135 millions de personnes pourraient être déplacées d’ici à 2045 à cause de la désertification. Ces migrations alimentent aussi des tensions géopolitiques et des conflits pour les ressources — eau, pâturages, terres cultivables —, comme c’est déjà le cas au Sahel.

Perte de biodiversité et de carbone

Les terres sèches abritent des écosystèmes uniques adaptés à l’aridité. Leur dégradation détruit des habitats et pousse de nombreuses espèces vers l’extinction. Les sols dégradés relâchent en outre le carbone qu’ils stockaient et perdent leur capacité à en capturer, ce qui alimente le réchauffement climatique et referme le cercle vicieux entre désertification et climat.

Tempêtes de sable et de poussière

Les sols nus et dégradés sont la principale source des tempêtes de sable et de poussière : l’ONU estime qu’environ 2 milliards de tonnes de sable et de poussière entrent chaque année dans l’atmosphère. Ces tempêtes endommagent les cultures et les infrastructures et provoquent des troubles respiratoires et cardiovasculaires à des milliers de kilomètres de leur point de départ.

Où la désertification frappe-t-elle ?

Les terres sèches couvrent environ 40 % de la surface émergée du globe : la désertification concerne donc plus de 100 pays, sur tous les continents — Afrique, Asie, Océanie, Amériques et Europe comprises.

Le Sahel et l’Afrique

La région du Sahel, cette bande semi-aride qui borde le sud du Sahara, est le symbole mondial de la désertification : la combinaison de sécheresses extrêmes, de croissance démographique, de surpâturage et de coupe de bois de chauffe y a dégradé des millions d’hectares, nourrissant crises alimentaires, pauvreté et conflits. On estime que 45 % de la superficie de l’Afrique est constituée de terres sèches exposées à la dégradation. Selon les agences des Nations unies, le continent perd chaque année environ 280 millions de tonnes de céréales sur 105 millions d’hectares de terres cultivées dégradées. D’après l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le désert progresse à un rythme annuel d’environ 5 km dans les zones semi-arides d’Afrique de l’Ouest. Pour inverser la tendance, 22 pays africains portent la Grande Muraille verte, détaillée plus bas.

La Chine et l’Asie centrale

En Chine, le désert de Gobi avance sur les terres agricoles depuis des décennies ; l’État y plante des ceintures forestières depuis les années 1970 et a mené d’importants programmes de restauration, notamment dans la région du Ningxia. L’Asie centrale offre le cas d’école le plus extrême : l’assèchement de la mer d’Aral, provoqué par des décennies d’irrigation mal gérée, a transformé une mer intérieure en désert de sel.

Le bassin méditerranéen : l’Espagne… et la France

Feux de forêt

L’Espagne est le pays d’Europe le plus menacé : selon le ministère espagnol de la Transition écologique, près des trois quarts de son territoire relèvent de zones arides, semi-arides ou subhumides sèches susceptibles de désertification.

Contrairement aux idées reçues, la France n’est pas épargnée par la dégradation des terres. D’ici 2050, le changement climatique impactera fortement le pays : hausse des températures, vagues de sécheresse, baisse des précipitations estivales. L’année 2022 a donné un avant-goût de cette trajectoire : sécheresse historique et environ 62 000 hectares brûlés, un record depuis 1976, avec des mégafeux en Gironde, en Bretagne et dans le sud-est. Ces incendies répétés détruisent le couvert végétal et fragilisent durablement les sols méditerranéens.

Les Amériques et l’Australie

Au Mexique, 65 % du territoire national est constitué de terres sèches et près de la moitié du pays présente un degré de dégradation des sols. Plus au sud, le Nordeste semi-aride du Brésil a été la première zone aride de ce pays officiellement reconnue en cours de désertification. Enfin, les immenses parcours d’élevage de l’Australie subissent une dégradation chronique liée au surpâturage, à l’érosion éolienne et aux sécheresses récurrentes.

Les chiffres de l’ONU : la CNULD et la COP16 de Riyad

La lutte internationale s’organise autour de la CNULD, adoptée en 1994 et ratifiée par 197 parties. Sa feuille de route se résume dans le 15ᵉ objectif de développement durable, qui fixe le cap de la neutralité en matière de dégradation des terres d’ici à 2030.

Préserver et restaurer les écosystèmes terrestres, en veillant à les exploiter de façon durable, gérer durablement les forêts, lutter contre la désertification, enrayer et inverser le processus de dégradation des sols et mettre fin à l’appauvrissement de la biodiversité.
15ᵉ objectif de développement durable : la vie terrestre

La COP16 de la CNULD, réunie à Riyad (Arabie saoudite) en décembre 2024, a été la plus grande conférence de l’ONU jamais consacrée aux terres. Ses chiffres fixent désormais l’agenda : l’ONU évalue à 2 600 milliards de dollars les investissements nécessaires d’ici à 2030 — environ 1 milliard de dollars par jour — pour restaurer plus d’un milliard d’hectares de terres dégradées et renforcer la résilience face à la sécheresse. À Riyad, 12,15 milliards de dollars ont en outre été mobilisés pour le Partenariat de Riyad pour la résilience à la sécheresse, destiné aux 80 pays les plus vulnérables. La création d’un régime mondial contraignant de réponse à la sécheresse a été renvoyée à la COP17 d’Oulan-Bator (Mongolie), du 17 au 28 août 2026.

La désertification dans le monde en chiffres (ONU / CNULD)
Indicateur Chiffre clé
Terres déjà dégradées dans le monde Jusqu’à 40 % (ONU, 2024)
Terres saines dégradées chaque année 100 millions d’hectares
Personnes affectées par la dégradation des terres 3,2 milliards (40 % de la population mondiale)
Personnes potentiellement déplacées d’ici 2045 135 millions
Investissements nécessaires d’ici 2030 2 600 milliards de dollars (COP16, Riyad)

Chaque 17 juin, l’ONU célèbre la Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse. L’édition 2026, accueillie par le Kenya, est consacrée aux pâturages naturels sous le thème « Parcours : reconnaître, respecter, restaurer », dans le cadre de l’Année internationale des parcours et des pasteurs.

Comment lutter contre la désertification ?

La désertification est réversible si l’on agit à temps. Les solutions combinent la prévention (exploiter la terre sans l’épuiser) et la restauration des terres déjà dégradées — et elles comptent parmi les investissements climatiques les plus rentables : chaque dollar investi dans la restauration des terres rapporte plusieurs dollars en bénéfices écosystémiques et agricoles.

Pratiques agricoles et pastorales durables

La première ligne de défense consiste à mieux gérer les terres encore productives :

  • rotation des cultures et jachère, pour laisser le sol se régénérer ;
  • ajustement de la charge pastorale et pâturage tournant, contre le surpâturage ;
  • irrigation économe (goutte-à-goutte, réutilisation des eaux), pour éviter la salinisation et l’épuisement des nappes ;
  • agroforesterie, en intégrant des arbres aux cultures et aux pâturages pour fixer le sol et faire de l’ombre ;
  • développement des énergies renouvelables (solaire, éolien, biogaz) pour remplacer le bois de chauffe ;
  • implication et éducation des populations locales, qui gèrent la terre au quotidien.

Reboisement et restauration des terres

Femme tenant une planète verte

Restaurer une terre dégradée ne se limite pas à planter des arbres : il faut reconstituer l’écosystème avec des espèces locales adaptées à l’aridité, rebâtir terrasses et ouvrages de rétention d’eau et protéger la régénération naturelle. En France, des organismes comme Reforest’Action ou EcoTree œuvrent au reboisement et à la régénération des forêts ; à l’échelle mondiale, chacun peut contribuer en compensant son empreinte carbone via des projets d’énergie propre et de restauration dans les pays en développement.

La Grande Muraille verte d’Afrique

La Grande Muraille verte est l’initiative de restauration la plus ambitieuse au monde : une mosaïque de paysages restaurés d’environ 8 000 km, du Sénégal à Djibouti à travers le Sahel, portée par 22 pays africains. Son objectif pour 2030 : restaurer 100 millions d’hectares, séquestrer 250 millions de tonnes de carbone et créer 10 millions d’emplois verts. Les progrès sont réels mais insuffisants : selon les estimations, de 18 à 30 millions d’hectares ont été restaurés à ce jour, loin du rythme nécessaire — raison pour laquelle la COP16 de Riyad a mobilisé de nouveaux financements pour accélérer son déploiement.

La neutralité en matière de dégradation des terres (NDT)

La neutralité en matière de dégradation des terres (NDT) est le cadre qui guide les États : d’ici à 2030, chaque hectare dégradé doit être compensé par la restauration d’une surface équivalente, afin que le solde net de terres saines ne diminue plus. Plus de 130 pays se sont déjà fixé des cibles nationales de NDT auprès de la CNULD. C’est le maillon qui relie la lutte contre la désertification au développement durable, à l’action climatique et à la réduction de notre empreinte écologique.

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Questions fréquentes

La désertification est la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches, causée par les activités humaines et les variations climatiques (définition de la Convention de l’ONU, 1994). Concrètement, des terres autrefois fertiles perdent leur végétation, leurs nutriments et leur capacité à retenir l’eau, jusqu’à devenir improductives. Ce n’est pas l’avancée naturelle des déserts existants.

La désertisation est l’expansion naturelle des déserts, sans intervention humaine. La désertification est la dégradation des terres sèches dans laquelle l’activité humaine (surpâturage, déforestation, irrigation mal gérée, mines) joue un rôle décisif. La sécheresse, elle, est un manque d’eau temporaire : c’est un épisode, pas un processus. Les sécheresses répétées accélèrent toutefois la désertification.

La désertification concerne plus de 100 pays. Les cas les plus graves se concentrent au Sahel africain — environ 45 % de la superficie de l’Afrique est en terres sèches —, en Chine, en Asie centrale, au Moyen-Orient et en Australie. En Europe, l’Espagne est le pays le plus menacé, avec près des trois quarts de son territoire susceptible de désertification, et la France méditerranéenne subit des sécheresses et incendies croissants.

En combinant prévention et restauration : pratiques agricoles durables (rotation, jachère, irrigation économe, agroforesterie), maîtrise du surpâturage, reboisement avec des espèces locales et restauration des terres dégradées. À grande échelle, la Grande Muraille verte africaine vise à restaurer 100 millions d’hectares d’ici 2030, et plus de 130 pays se sont engagés sur la neutralité en matière de dégradation des terres auprès de l’ONU.

Selon l’ONU, environ 100 millions d’hectares de terres saines et productives se dégradent chaque année — une superficie supérieure à celle de l’Égypte — et jusqu’à 40 % des terres de la planète sont déjà dégradées, ce qui affecte 3,2 milliards de personnes. La COP16 de Riyad (décembre 2024) a chiffré à 2 600 milliards de dollars les investissements nécessaires d’ici 2030 pour restaurer plus d’un milliard d’hectares.